ven. Août 21st, 2026

Après le cas australien, Emmanuel Macron a suggéré d’interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs. Ursula von der Leyen a également fait des déclarations qui laissent entrevoir une mesure restrictive à l’échelle européenne. Néanmoins, le Conseil Constitutionnel français a exprimé son refus de ce type d’interdiction, soulignant que celle-ci “porte atteinte”, de manière inappropriée et disproportionnée, à la liberté d’expression et de communication des jeunes, surtout pour des services dont le risque n’est pas avéré.

D’autre part, il convient de noter qu’en raison des effets néfastes des réseaux sociaux sur les jeunes, Meta vient d’être condamnée par un tribunal du Nouveau-Mexique à une amende de plus de 940 millions de dollars et à imposer des restrictions importantes sur Facebook et Instagram.

Dans ce même contexte, la ville de Milan a décidé de retirer une publicité d’Apple montrant un enfant d’un an tenant un smartphone, suite aux protestations des citoyens et à l’intervention de la Défenseure des enfants, Marina Terragni.

Alors, que faire ? Interdire ? Sanctionner ? Éduquer ? Laisser les choses en l’état ?

Des centaines d’études documentent les risques associés à l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs, et rares sont ceux qui s’opposent à l’idée d’un besoin urgent d’interventions éducatives et réglementaires.

Obligation ou éducation aux réseaux sociaux ?

En Italie, le ministre Valditara a depuis longtemps fait part de son opposition aux réseaux sociaux pour les mineurs. En mars dernier, il a alloué 100 millions d’euros pour former enseignants, élèves et familles à une utilisation responsable des réseaux sociaux et de l’IA. Dans ce cadre, des “pactes numériques” se développent, des accords communautaires entre familles pour gérer l’utilisation des écrans et promouvoir des activités extrascolaires hors ligne. Les ateliers de culture médiatique visent à apprendre aux jeunes à utiliser les outils numériques de manière critique et non passive.

Cependant, si l’on s’oriente vers une interdiction, qui semble susciter un consensus politique en Italie, est-il encore pertinent de promouvoir l’éducation à l’utilisation de plateformes interdite ?

D’un mal à un autre

Le cas australien montre que plus de 70% des mineurs contournent déjà l’interdiction, en se faisant passer pour des adultes, ce qui les expose à des contenus sans protections. Les tribunaux, autorités et gouvernements incitent les plateformes, comme Meta, Tik Tok et YouTube, à s’assurer du respect de ces interdictions. Cependant, d’autres dangers émergeraient même si cette interdiction était appliquée : des jeux vidéo, des sites pornographiques ou des chatbots IA pourraient s’implanter comme alternatives. D’un mal à un autre.

Réseaux sociaux alternatifs ?

Tous les réseaux sociaux se valent-ils, ou existe-t-il des plateformes plus éthiques et éducatives ? J’ai rencontré Anna Zeiter, la directrice de W, un réseau social européen alternatif à X, conforme aux normes et principes européens, lors d’un séminaire à Bruxelles. Son initiative, tout comme la plateforme anglaise Ripple Social, mérite notre attention. Mais pour les jeunes, devrait-on proposer des réseaux alternatifs ou plutôt des alternatives aux réseaux sociaux ?

Les smartphones et réseaux sociaux ne sont pas adaptés aux enfants. Considérés comme des “jouets défectueux”, ils sont mis à disposition des mineurs depuis 20 ans sans aucune régulation. Personne ne laisserait un enfant de 8 ans conduire une voiture, alors pourquoi lui permettre d’utiliser des outils numériques destinés à un public adulte ?

Renforcer les relations dans la communauté éducative

En instaurant un lien direct entre les individus et les plateformes numériques, les réseaux sociaux ont contourné la communauté éducative traditionnelle – écoles, familles, associations, églises – en remplaçant les relations authentiques par un grand nombre de contacts virtuels, souvent régis par des algorithmes. Un taux d’utilisation qui peut aller jusqu’à 5 heures par jour, réduisant considérablement les interactions réelles, l’étude, et la participation à des activités sociales. L’interdiction des smartphones à l’école, déjà adoptée dans plusieurs pays, est le résultat de la distraction engendrée par les notifications, impactant négativement l’apprentissage.

Atelier d’alternatives aux réseaux sociaux

Les acteurs de la communauté éducative peuvent retrouver un rôle dans les relations réelles pour les jeunes jusqu’à 15 ans en offrant des activités traditionnelles mais aussi des initiatives innovantes, comme les pactes numériques et les ateliers de culture médiatique. Toutefois, il est impossible d’ignorer le numérique, qui fait partie intégrante de la vie des générations Z et suivantes. Les alternatives aux réseaux sociaux doivent être physiques – les experts s’accordent là-dessus – tout en développant de nouvelles applications numériques responsables.

Il s’agit de concevoir des solutions offrant des expériences digitales en petites quantités mais de qualité, par exemple à travers une sélection minutieuse de contenus. Un autre but serait de promouvoir des activités “phygital” – à la fois physiques et numériques. On peut imaginer des applications pour faciliter la rencontre avec des groupes sportifs ou d’associations locales.

Enfin, une piste intéressante est l’édutainment. Des outils comme Prodigy Math Game ou Kahoot! montrent que le ludique joue un rôle clé dans l’attrait des outils numériques pour les jeunes. Le phénomène Pokémon Go, un jeu en réalité augmentée, incitait à se rencontrer et à explorer le monde réel, même s’il a présenté ses propres contre-indications.

Il est également pertinent de considérer des applications pour la création créative, telles que Picsart. Dans un cadre contrôlé, l’IA générative pourrait devenir un outil précieux pour la créativité. En parallèle à un éventuel durcissement des règles sur les réseaux sociaux pour les mineurs, le débat médiatique, juridique et pédagogique devrait favoriser la conception de nouvelles applications alternatives.

Points à retenir

  • Discussions sur l’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs s’intensifient en Europe.
  • Le Conseil Constitutionnel français rappelle l’importance de la liberté d’expression.
  • Une amende significative a été infligée à Meta pour des pratiques à risque.
  • Des initiatives éducatives émergent pour sensibiliser les jeunes à l’utilisation des réseaux sociaux.
  • La communauté éducative joue un rôle essentiel dans l’accompagnement des mineurs.

En fin de compte, ces débats soulèvent de nombreuses questions. En tant que passionné des enjeux sociétaux, je me demande quelles solutions pourraient réellement protéger nos jeunes tout en leur permettant d’explorer les outils numériques qui façonnent leur monde. Est-ce par l’éducation, la réglementation ou une approche équilibrée ? La réflexion est ouverte.


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