Le sagesse populaires comme “qui trouve un ami trouve un trésor” trouvent écho en psychologie. Les réseaux sociaux, en dehors du cercle familial, comme les amis et les partenaires, constituent une protection pour la santé mentale des étudiants ayant vécu des traumatismes durant leur enfance. Cela est confirmé par l’étude Rupture du cercle, menée par une équipe de chercheurs de trois universités italiennes (Université de Turin, Université européenne de Rome et Université de Padoue) et publiée dans le Journal des troubles affectifs avec le soutien de l’Union européenne. Les personnes ayant vécu une enfance traumatique présentent une plus grande vulnérabilité à la régulation émotionnelle, facilitant ainsi l’apparition de troubles tels que l’anxiété et la dépression. Les réseaux sociaux peuvent alors servir d’ultime recours.
Nous avons échangé avec le professeur Mauro Adenzato, qui, avec sa collègue Rita Ardito, a représenté le département de psychologie de Turin.
Qu’entend-on par régulation émotionnelle ?
“Cela se réfère à la capacité à reconnaître et à moduler ses émotions de façon adéquate dans les interactions sociales. Bien que nous soyons génétiquement prédisposés à ressentir certaines émotions, c’est par nos interactions avec nos figures de référence durant notre enfance, en particulier nos parents, que nous apprenons à les réguler. Une enfance dysfonctionnelle ou traumatique peut donc entraver cette régulation, état souvent observé dans des cas d’anxiété ou de dépression.”
Pourquoi les étudiants universitaires sont-ils considérés comme un groupe vulnérable ?
“Cela est dû à plusieurs facteurs psychologiques : la formation de nouvelles amitiés, le développement de liens affectifs, la séparation du foyer familial, ainsi que la pression des examens et la nécessité de maintenir une bourse d’étude. Ils ne sont pas vulnérables simplement en raison de leur statut d’étudiant : ils explorent un monde intersubjectif en constante évolution, rempli de défis et d’opportunités.”
Quels sont les effets des nouveaux liens affectifs sur leur stabilité psychologique ?
“Le vieux proverbe ‘qui trouve un ami trouve un trésor’ est fondé. Le soutien des amis et des partenaires peut réduire l’impact des expériences adverses vécues dans l’enfance et protéger ces jeunes d’éventuels symptômes dépressifs.”
Les réseaux sociaux ont-ils un effet protecteur pour les étudiants sans passé traumatique ?
“L’étude se concentre principalement sur des jeunes ayant connu des traumatismes, mais chacun d’entre nous a besoin de cultiver ses relations intersubjectives : avoir des amis ou des partenaires, des personnes avec qui partager des regards, diminue également le risque de troubles psychologiques, même pour celles et ceux ayant eu une enfance épanouie.”
Pourquoi le soutien familial ne montre-t-il pas le même effet protecteur que celui des amis et partenaires ?
“Si j’ai eu des parents abusifs, qu’ils soient émotionnellement ou physiquement, ce ne seront pas eux qui m’aideront à sortir du cycle de la douleur, au contraire, ils risquent d’augmenter cette souffrance. C’est pourquoi nous avons intitulé notre étude Rupture du cercle, soulignant l’importance de rompre cette chaîne de souffrance. La sortie existe grâce aux amis et aux partenaires.”
Les sociétés se fragmentent-elles de plus en plus ? Les réseaux sociaux sont-ils plus fragiles ?
“Bien qu’il y ait des transformations, chacun de nous est naturellement enclin à tisser de nouveaux liens. Notre curiosité pour autrui est innée, et notre essence repose sur les relations intersubjectives.”
La quête de l’autre est-elle en déclin ?
“Non, c’est une part intégrante de notre nature. Nous ne pouvons pas simplement choisir de voir le monde en noir et blanc. Les formes de nos interactions évoluent : nous cherchons des confirmations et des approbations, non seulement auprès de nos pairs, mais aussi en ligne. Le besoin d’obtenir des ‘likes’ sur les réseaux sociaux traduit en réalité un désir d’être reconnu par autrui.”
Les phénomènes d’isolement chez les jeunes sont-ils le résultat de cette quête inassouvie ?
“Ils reflètent un échec de cette recherche, souvent alimentée par des déceptions ou des douleurs profondes. La façon dont nous avons été traités dans ces interactions peut inciter au retrait, par crainte de revivre de nouvelles souffrances. Souvent, ces blessures proviennent justement des tentatives de créer des liens affectifs, lesquelles peuvent aboutir à des échecs, activant alors les mêmes zones du cerveau que lorsque nous nous brûlons et instinctivement nous éloignons de la source de chaleur.”
Points à retenir
- Les réseaux sociaux extérieurs à la famille jouent un rôle protecteur pour les étudiants ayant subi des traumatismes.
- La régulation émotionnelle est cruciale pour la santé mentale, particulièrement en période de stress académique.
- Les amis et partenaires aident à réduire le risque de développer des troubles psychologiques.
- Le soutien familial peut parfois être insuffisant, voire néfaste, dans certains cas de traumatisme.
- La nature humaine aspire à établir des liens, même dans un contexte social en transformation.
En tant qu’observateur de notre société, je ne peux m’empêcher de réfléchir sur l’importance des interactions humaines. Dans un monde de plus en plus virtuel, la quête d’authenticité demeure essentielle. Comment embellir nos vies tout en établissant des connexions significatives ? Ce défi actuel pourrait faire toute la différence pour nos jeunes, victimes de cette solennelle époque. La discussion est ouverte.