La première partie de cette série a exploré l’empreinte carbone actuelle de Meta et ses projets liés aux centres de données.
Le « Protocole des gaz à effet de serre » (GHGP) est un système mondial et volontaire de mesure des émissions, créé il y a plusieurs décennies par un groupement de grandes entreprises émettrices — parmi lesquelles Monsanto, British Petroleum et General Motors — en partenariat avec le World Resources Institute, avec pour ambition de reprendre la main sur le récit climatique.
Ce vaste ensemble de directives techniques détaille les émissions directes des entreprises, celles liées à leur consommation d’électricité, ainsi que les émissions indirectes associées aux biens et services achetés ou vendus dans le cadre de leurs activités (par exemple, le carbone émis lors de la fabrication de l’acier pour une voiture ou la combustion d’un bloc de charbon vendu). Ce cadre fait actuellement l’objet d’une révision importante, offrant aux entreprises une opportunité rare d’influer sur sa direction.
Concernant l’impact climatique de la consommation électrique, il est reconnu que la situation actuelle — déjà décrite plus tôt — est alarmante. Ce sont justement les entreprises aux ambitions les plus expansives qui sous-estiment le plus les conséquences environnementales.
Deux grands courants s’affrontent aujourd’hui. Le premier, mené par Google, propose une mesure fine des émissions du réseau électrique et un appariement horaire de la consommation d’énergie avec l’intensité carbone du réseau, méthode dite de « correspondance horaire ». Cette approche réserve la propriété de la production aux acteurs initiant des projets renouvelables, une logique complexe, mais considérée meilleure que le système actuel où l’on peut revendiquer des énergies renouvelables issues de n’importe quel projet, où qu’il soit.
À l’opposé, une coalition portée par Amazon et Meta, baptisée « Emissions First Partnership », milite pour une détérioration du système actuel. Leur méthode consiste à déduire des émissions mesurées celles évitées grâce aux projets d’énergies renouvelables. En réalité, il s’agit d’une forme de compensation carbone classique, qui repose sur une hypothèse floue et manipulable d’un « scénario contrefactuel » — ce que serait la situation si l’action n’avait pas eu lieu. Ce flou permet de revendiquer un grand nombre d’actions climatiques sans preuve tangible. Meta souhaite ainsi intégrer cette pratique dans la base même de la mesure, rendant difficile pour un lecteur pressé de comprendre ce qui est réellement comptabilisé. Il est alors infiniment plus simple et économique de jouer avec ces hypothèses imaginaires que de conclure de véritables accords d’achat d’électricité verte, encore ralentis aux États-Unis, ou d’adopter des mesures à haute résolution.
En Australie, ce débat mondial se traduit par des évolutions discrètes du système de certification des énergies renouvelables. Les « garanties d’origine » incluent désormais davantage d’informations, comme le moment et le lieu de production, ce qui permettrait aux entreprises de choisir des certificats alignés à leur consommation locale. Mais cette possibilité reste facultative. Le secteur australien des centres de données se présente comme un remède à l’échec de la transition vers 82 % d’électricité propre d’ici 2030, notamment grâce à des contrats d’achat direct d’énergie. Cependant, toutes les modifications du GHGP auront un impact direct sur des acteurs comme Amazon, dont la présence électrique en Australie est en forte croissance.
Les géants du numérique sont tiraillés. Aux États-Unis, où se concentrent leurs sièges, ils frayent avec un gouvernement climato-sceptique et autoritaire, se contentant de promesses technologiques creuses comme la capture du carbone ou la fusion nucléaire. Mais dans le reste du monde, notamment en Europe, le changement climatique reste une réalité. Dépendant de l’expansion des centres de données nécessaires pour alimenter des systèmes génératifs toujours plus énergivores et moins performants, ces entreprises doivent affiner leurs stratégies de greenwashing, souvent au détriment d’une représentation fidèle des faits.
Il est difficile de discerner un réel bénéfice sociétal des investissements de Meta dans l’intelligence artificielle générative. La société a récemment été pointée du doigt pour avoir autorisé ses chatbots à entretenir des relations « sensuelles » avec des mineurs, propagé de fausses informations médicales, exploité illégalement des millions de livres pour entraîner ses modèles, ou encore exposé des conversations privées. Ces chatbots, conçus pour simuler des interactions humaines, contribuent à une crise de santé mentale et à des drames personnels.
Une analyse du Financial Times, un des médias les plus respectés dans le domaine économique, souligne que les bénéfices escomptés de l’intelligence artificielle générative, comme l’augmentation de la productivité, restent vagues et plus difficiles à identifier que les risques. Seules les entreprises énergétiques, à l’image d’Entergy qui fournit la centrale électrique au charbon de Meta, tireraient un avantage tangible. Le rapport souligne également que Meta pourrait ne pas réussir ses initiatives en intelligence artificielle, ce qui pourrait nuire à son activité, son image ou sa situation financière.
L’histoire de l’activisme climatique est en grande partie celle d’une lutte pour reconnecter la société humaine à la réalité physique. D’abord par l’acceptation des bases scientifiques, puis par l’exigence d’une action cohérente. Avec les grandes entreprises technologiques, ce combat se poursuit désormais autour de la manière dont on mesure et rapporte les pires atteintes climatiques.
Points à retenir
- Le Protocole des gaz à effet de serre est le principal cadre mondial de mesure des émissions, mais il fait face à une révision majeure qui pourrait modifier profondément la façon dont les entreprises comptabilisent leur impact.
- Deux visions s’opposent : une amélioration vers une mesure plus précise et granulaire portée par Google, et une approche plus laxiste favorisée par Amazon et Meta, basée sur la compensation carbone intégrée au calcul.
- La compensation carbone, avec ses hypothèses incertaines et difficiles à vérifier, est critiquée pour masquer la réalité des émissions.
- En Australie, des évolutions sur les certifications renouvelables montrent la complexité d’appliquer ces débats à l’échelle locale, où les acteurs cherchent à concilier croissance économique et transition énergétique.
- Les grandes entreprises technologiques jonglent entre stratégies de greenwashing, tensions politiques et tensions mondiales sur la réalité du climat.
- Les investissements dans l’intelligence artificielle générative soulèvent des questions quant à leurs bénéfices tangibles, alors même que leurs impacts sociaux et environnementaux attirent critiques et controverses.
Au final, il s’agit toujours de savoir comment on définit et mesure la réalité climatique dans un monde où les intérêts économiques, politiques et technologiques se croisent. Et vous, comment percevez-vous cette bataille où la vérité semble parfois se perdre dans des jeux d’ombres ? Moi, je me demande combien de temps encore on va laisser la réalité se camoufler derrière des chiffres arrangés… Mais bon, on est là pour décrypter tout ça ensemble, avec sérieux et un soupçon de malice !
