Des chercheurs ont examiné 2700 tests PCR positifs au monkeypox. Cette analyse fait écho à l’une des questions les plus débattues pendant la pandémie de COVID-19 : que signifie vraiment un résultat PCR positif ?
Le test PCR a suscité de vives controverses durant la pandémie. Pour certains, il représentait le standard ultime pour détecter des infections, tandis que d’autres mettaient en garde contre l’idée de l’associer systématiquement à la contagiosité.
Au cours de cette période, le nombre de tests positifs servait de référence pour évaluer la situation épidémiologique, influençant ainsi de nombreuses décisions politiques, comme les confinements ou l’obligation de porter des masques.
C’est sur les résultats positifs des tests PCR que l’OMS a fondé sa déclaration de situation d’urgence de portée internationale suite à l’épidémie de monkeypox survenue en août 2024. Le virus avait été importé de la République Démocratique du Congo (RDC) vers d’autres pays d’Afrique.
Andrew Azman, de l’Université de Genève, et ses collègues des instituts de recherches en santé, ont analysé les résultats de 2700 tests PCR positifs pour le monkeypox, également appelé Mpox. Les données analysées couvrent la période d’avril 2024 à avril 2026.
Dans un article publié dans la revue “The Lancet Infectious Diseases”, les chercheurs révèlent que 35 % des échantillons déclarés positifs pourraient ne pas refléter de véritables infections. Ces faux positifs sont susceptibles d’impacter la gestion des épidémies et la portée des mesures de vaccination, souligne l’équipe.
Les conséquences pour les personnes faussement diagnostiquées sont potentiellement graves : traitements inutiles, hospitalisations, quarantaines et stigmatisation associée à la maladie, sans oublier le risque d’être exposé au virus dans les établissements de santé.
Des enquêtes supplémentaires ont révélé que la majorité des personnes ayant obtenu un résultat positif présumé n’avaient pas d’anticorps contre le virus Mpox. Les chercheurs avertissent que ces erreurs de diagnostic pèsent sur les ressources limitées du système de santé congolais.
La PCR (réaction en chaîne par polymérase) est une méthode de laboratoire permettant de détecter du matériel génétique. Cette technique, développée par Kary Mullis, a été primée par un prix Nobel de chimie en 1993. Elle peut détecter même de faibles traces de matériel viral.
Une trace de virus résiduelle
Ce qui a intrigué les chercheurs, c’est la distribution des valeurs de seuil de cycle (CT) dans les échantillons analysés. Plutôt qu’une répartition attendue, ils ont observé deux groupes distincts. L’un avec de faibles valeurs, indiquant une forte charge virale, et l’autre situé près de la limite de détection, révélant une charge virale très faible.
Les chercheurs ont évoqué une possible contamination environnementale. Ils ont prélevé des échantillons de surfaces dans deux établissements de soins et ont trouvé des traces du virus, suggérant que les résultats positifs pourraient résulter de cette contamination plutôt que d’infections actives.
Azman a souligné que le contexte de son étude, marqué par une intense transmission du monkeypox, n’est pas nécessairement représentatif de pays plus riches où la propagation du virus est moins préoccupante.
La contamination environnementale
Lorsqu’ils parlent de faux positifs, les chercheurs insistent sur le fait que la présence de l’ADN détectée est probablement issue de l’environnement et non d’une infection active. Cela met en évidence la nécessité d’améliorer les protocoles de diagnostic et la formation du personnel de laboratoire.
Un abaissement du seuil de détection pourrait réduire le nombre de faux positifs, tout en maintenant une précision acceptable des résultats. Les valeurs de CT entre 10 et 15 correspondent à une charge virale élevée, témoignant d’une infection active.
La discussion autour des CT a également été un sujet central durant la pandémie de COVID-19, relançant le débat sur la pertinence des tests, en particulier pour les personnes asymptomatiques.
Points à retenir
- 35 % des résultats PCR positifs pour le monkeypox pourraient être des faux positifs.
- Une mauvaise interprétation des tests peut conduire à des mesures de santé publique inadaptées.
- La contamination environnementale peut fausser les résultats des tests.
- Une amélioration des procédures de diagnostic est nécessaire pour garantir des résultats fiables.
- Un abaissement du seuil de détection pourrait réduire les faux positifs tout en maintenant la précision.
En tant que passionné de santé publique, je me questionne sur l’importance de repenser nos méthodes de diagnostic, notamment face aux défis posés par les épidémies. Nous devons nous interroger : à quel point notre système de santé est-il préparé à faire face à des situations de crise comme celle-ci ? La précision des tests est primordiale, mais se doit aussi d’être accompagnée d’une réflexion globale sur l’organisation et la gestion des ressources en santé. Il est impératif d’intégrer ces enseignements dans notre approche future.
