José Miguel Esteller, après 30 ans d’expérience en tant qu’entraîneur de basket-ball pour des équipes de personnes avec une déficience intellectuelle, représente l’Espagne aux Special Olympics.

Nous l’avons interviewé pour en apprendre davantage sur l’évolution du sport inclusif en Espagne et réfléchir à son impact positif sur la vie de ses athlètes.
— Quel est l’état du sport en Espagne et comment devrait-il évoluer ?
— Concernant le sport pour les personnes avec une déficience intellectuelle, nous avons progressivement réussi à nous intégrer dans les sections classiques des clubs de basket, qui comptent désormais des équipes dédiées. C’est une avancée significative, un important point de reconnaissance qui facilite l’intégration de nos athlètes dans la société.
— Cependant…
— Il y a encore un manque de reconnaissance de la part des autorités. Nos athlètes nourrissent le même désir de compétition et redoublent d’efforts. Pourtant, cette reconnaissance fait toujours défaut. L’un des développements notables est que les athlètes avec une déficience intellectuelle participeront à nouveau aux Jeux Paralympiques, une première depuis Sydney, où une équipe de ce type avait été présente. Depuis lors, seules les équipes de fauteuil roulant ont eu la possibilité de concourir. Nous avons déjà effectué une démonstration de 3×3 à Paris. Ce mois de décembre, la Fédération Espagnole a organisé un premier entraînement pour former des équipes masculines et féminines qui participeront aux prochains Paralympiques. C’est une avancée, bien que le rythme soit encore trop lent.
— Quels bénéfices le sport apporte-t-il aux personnes en situation de handicap ?
— Le sport est bénéfique pour tous, et particulièrement pour ceux ayant une déficience intellectuelle. Il favorise l’inclusion sociale, l’esprit d’équipe, et l’effort. Quand ils s’entraînent et qu’ils participent à des compétitions, ils ressentent une grande valorisation. C’est un pas vers la normalité. Ils s’entraînent et réfléchissent déjà à leurs adversaires. Sur le plan physique, mais aussi mentalement, cela leur apporte une stabilité considérable.
— Dans une société aussi individualiste que la nôtre, n’est-il pas plus important que jamais de se sentir membre d’un groupe ?
— Absolument. Par exemple, j’ai un joueur qui évolue au sein de la Fédération Catalane des Sports pour les Personnes avec une Déficience Intellectuelle (Acell), dans une division importante. Sa famille me raconte qu’il aimerait jouer avec nous. Sur le plan du jeu, il possède le niveau, mais il a plus de mal à créer des liens. En revanche, parmi nos athlètes, ils se comprennent et se sentent bien ensemble.
— Le sport peut-il véritablement transformer des vies ?
— Nous avons plusieurs exemples. Prenons celui d’un jeune joueur de 16 ans avec un handicap de 68%. Dans les six premiers mois, il était difficile de lui transmettre les concepts du basketball. Un jour, nous lui avons montré des vidéos YouTube sur les techniques de jeu, et en l’espace de dix jours, il s’est amélioré de manière spectaculaire. Il existe également de nombreux cas de transformation sociale. Des personnes qui se sentaient isolées chez elles ont acquis de nombreuses compétences sociales grâce aux interactions avec leurs camarades, car ils ne font pas que s’entraîner, ils sortent ensemble.
— Y a-t-il un sport que les personnes avec un handicap ne peuvent pas pratiquer ?
— Non. Tout comme nous. Personnellement, je suis nul en ski, et ils le sont également. Au sein de notre Fédération, nous avons 18 sports, et des athlètes dans chacun d’eux. Ils peuvent choisir le sport qu’ils préfèrent ou celui qui leur convient le mieux.
— L’athlète Álex Rocha souffre de paralysie cérébrale, ce qui équivaut à une incapacité physique de 76%, et est devenu l’an dernier le premier à courir le marathon de Barcelone. Qu’en pensez-vous ?
— C’est un exemple de résilience remarquable. Dans tous les exemples de dépassement, je considère que cela doit être un reflet pour les autres sportifs. Par exemple, ce garçon a participé aux essais pour les Paralympiques et a été sélectionné. Avec de la détermination, on peut réussir. Dans l’association de la Fédération Acell, nous avons quarante équipes de basket. Nous possédons trois niveaux de compétition. Les équipes de niveau 1 sont moins nombreuses, mais offrent un jeu de qualité et servent d’exemples pour les autres qui souhaitent progresser. Les niveaux 2 et 3 s’entraînent tout autant et chaque joueur trouve sa place dans son niveau, une véritable philosophie des Special Olympics.
— Y a-t-il des limites, seulement des barrières mentales ? Qu’est-ce qui est le plus pesant, le physique ou le mental ?
— Ce sont surtout les barrières mentales qui freinent. Les sportifs doivent les surmonter, même si elles sont parfois imposées par la société. Une personne avec un handicap a également des opportunités qu’elle n’avait pas auparavant, mais à une époque, on estimait qu’elle ne pouvait pas travailler. Désormais, de nombreux projets d’insertion existent au sein d’importantes entreprises. Ils peuvent obtenir un contrat de travail, ce qui est essentiel. Le mental est très important, et bien que le sport ne soit pas une solution miracle, il facilite les interactions avec les pairs et avec la société.

— Vos champions du Santa Eulàlia Special évoluent en senior sans handicap…
— Effectivement. Notre équipe SESE Special a débuté dans la Fédération Acell, mais comme nous avions des joueurs de bon niveau, nous gagnions de nombreux matches avec des écarts de 80-100 points. Cela ne leur apportait pas la satisfaction recherchée. Nous avons donc franchi une étape complexe sur le plan mental. Il y avait une appréhension de notre part à rivaliser avec des équipes seniors sans handicap, de crainte de finir sur une lourde défaite.
— Et comment cela s’est-il passé pour vous ?
— Nous avons participé à presque tous nos matches. En fait, la saison dernière, nous avons atteint la finale. Nous savons que nos adversaires se battent dur, car il n’est pas facile de perdre contre des équipes avec des déficiences intellectuelles, mais cela nous renforce. Nous souhaitons que la compétition soit à son meilleur niveau. Nous sommes fiers d’être la première équipe en Espagne à évoluer dans une ligue de basket sans handicap.
— L’important, c’est de participer ?
— Exactement. Bien que nous aspirions tous à gagner, le fait de perdre ne suscite pas une déception plus grande que celle de simplement perdre.
— Chaque panier est une fête ?
— Oui. Nous nous souvenons de notre premier match, où nous étions nerveux. Nous ne savions pas à quoi nous attendre. Mais nos joueurs ont su gérer leur stress. Une défaite remarquablement sévère aurait pu nous déstabiliser, mais ils ont réagi brillamment. Notre premier match a été une victoire inattendue. Nous avons été surpris. Par la suite, les résultats ont alterné entre victoires et défaites, mais cela importe peu. Nous avons des joueurs qui s’impliquent, et notre équipe est bien constituée.
— Le film ‘Campeones’ (2018), réalisé par Javier Fesser, a-t-il marqué un tournant pour le sport inclusif ?
— Absolument. La plupart des joueurs du film ont participé aux Special Olympics, et je les connais tous. Cela a été un véritable élan en avant. Les sportifs, le coordonnateur, tous représentent fidèlement le sport pour les personnes avec une déficience intellectuelle. Le film illustre parfaitement les histoires vécues et les enjeux du handicap.
— La nécessité de promouvoir l’inclusion dans le sport est-elle souvent soulignée, mais des efforts restent-ils à faire ?
— Oui, clairement, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Je me souviens d’un match amical organisé il y a quelques années dans un club. Nous avons dû utiliser un vestiaire, tandis qu’ils utilisaient un autre. Le coach est venu et a demandé : ‘Eh bien, comment jouent mes joueurs ?’. ‘Ils doivent jouer au basket-ball.’ ‘J’espère qu’ils savent dribbler.’ ‘Évidemment qu’ils dribbleraient, sinon ils ne pourraient pas jouer.’ Après l’échauffement, en voyant qu’ils se comportaient comme les autres, les mentalités ont commencé à changer. C’est une question de changement d’état d’esprit.
Points à retenir
- Le sport inclusif progresse en Espagne, mais la reconnaissance institutionnelle est encore insuffisante.
- Les athlètes avec un handicap s’épanouissent sur les plans social et mental grâce à la pratique sportive.
- Il est essentiel d’encourager l’intégration dans les équipes classiques pour une compétition enrichissante.
En somme, le parcours du sport inclusif mérite d’être valorisé et soutenu. La transformation des mentalités et les initiatives qui favorisent la participation de tous, quel que soit leur handicap, sont cruciales pour construire une société réellement inclusive. Quels autres domaines pourraient bénéficier de cette dynamique de changement ?
Le témoignage de José Miguel Esteller est inspirant. Le sport inclusif transforme vraiment des vies et favorise une belle intégration sociale. J’espère que cela continuera à progresser en Espagne.
C’est encourageant de voir que le sport inclusif prend de l’ampleur en Espagne, mais il est évident qu’il reste encore beaucoup à faire pour l’égalité des chances.
C’est incroyable de voir à quel point le sport inclusif peut transformer des vies. Chaque victoire, même petite, est un pas vers une société plus unie et compréhensive.
C’est merveilleux de voir le sport inclusif prendre de l’ampleur. Chaque victoire, grande ou petite, est une célébration de l’unité et de la résilience.