“Sensationnel”, c’est ainsi que Christian Horner a qualifié Nico Rosberg en entendant les commentaires du pilote allemand sur le moment clé du Grand Prix d’Espagne, et non sans une pointe d’ironie.
Sky Sports a souvent fait appel à d’anciens pilotes, y compris des champions du monde, mais rarement à quelqu’un de si récent que Rosberg.
Sensationnel ou simplement brutalement honnête ?
Le circuit de Barcelone lui rappelle 2016, l’année de leur célèbre accrochage avec Lewis Hamilton, qui s’était soldé par un tête-à-queue dans l’herbe.
Restant l’un des derniers champions du monde, il connaît personnellement six des pilotes présents aujourd’hui, ce qui lui confère une légitimité rare pour décrypter la compétition actuelle. Certes, les monoplaces ont évolué, mais pas au point de le perdre au volant d’une F1 moderne.
C’est ce lien étroit avec la réalité du sport qui a fait de lui une voix précieuse lors de la course. Il a su partager des détails concrets, comme la possibilité pour les pilotes de respirer un court instant en réajustant leur harnais pendant la voiture de sécurité, ou encore la difficulté extrême à garder la tête immobile sous la chaleur humide du circuit catalan, même pour les plus athlétiques.
Mais plus que tout, c’est son franc-parler qui a marqué les esprits, quitte à déplaire.
Avec Martin Brundle absent pour fêter ses 66 ans, c’est Rosberg qui assurait les commentaires sur Sky, un rôle clé dans un média aussi influent. Tandis que Brundle excelle à naviguer diplomatiquement dans ce monde, Rosberg s’est permis d’ignorer toute considération politique.
Les cinq derniers tours ont été son apogée, décortiquant en direct chaque action avec un regard affûté et une parfaite compréhension du règlement. Il a ainsi expliqué pourquoi la manœuvre de George Russell sur Max Verstappen dans le premier virage n’était pas conforme, une analyse que l’équipe Red Bull semblait avoir manquée. Selon lui, la sanction aurait même dû aller jusqu’au drapeau noir, comme dans un cas similaire en MotoGP.
« La faute revient d’abord à George, qui est arrivé trop vite, a surviré et a tapé Max, le forçant à sortir sur l’échappatoire. Ce n’est pas une façon de dépasser. »
« Red Bull a fait une erreur en autorisant George à passer, ce qui a agacé Max, persuadé que George l’avait poussé dehors. »
« Du point de vue de Max, il est entièrement dans son droit. Puis, pour riposter, il ralentit pour percuter George, ce qui est encore pire. »
« C’est une sanction bien trop légère à mon avis. Souvenez-vous du choc Vettel-Hamilton à Bakou en 2017, qui semblait volontaire, une vengeance à la règle du ‘œil pour œil’. »
« Si vous attendez votre adversaire pour le percuter en retour, normalement c’est drapeau noir. »
Une telle franchise ne lui attirera pas que des amis. Christian Horner, avec une pointe d’amusement, l’a jugé « sensationnel », mais Rosberg travaille avant tout pour informer le public et non pour ménager les susceptibilités du paddock.
Points à retenir
- Nico Rosberg apporte un regard unique, mêlant fraîcheur et expérience, avec un style moins politiquement correct que ses confrères vétérans.
- La gestion des incidents en course reste un casse-tête, avec des règles parfois appliquées de manière controversée, comme l’a illustré la sanction jugée trop clémente sur Verstappen.
- La F1 est un sport où la majorité des acteurs se connaissent depuis longtemps, ce qui rend les prises de positions publiques d’autant plus délicates.
- La chaleur et l’humidité sur des circuits comme Barcelone ne sont pas qu’un détail esthétique : elles impactent physiquement les pilotes de manière importante.
- L’aisance de Rosberg à combiner jugement technique et commentaire honnête tranche dans le paysage souvent convenu des experts télévisés.
Au final, entre la passion du sport et les jeux d’influence dans les paddocks, on se dit que le rôle du consultant libre et incisif n’est pas de tout repos. Peut-être qu’il faudrait un peu plus de Rosberg dans un monde où parfois, on préfère encore taire l’évidence plutôt que de secouer le cocotier. Mais bon, ça pourrait aussi créer des débats… et entre nous, qui n’aime pas un peu de piquant quand on regarde une course ?