Retour de la F1 en Afrique ? Kyalami en lice, Bangkok en pole
Le circuit sud-africain de Kyalami a récemment obtenu une étape cruciale pour retrouver la faveur de la Formule 1 : l’approbation de la FIA pour atteindre la catégorie 1, indispensable pour accueillir un Grand Prix. Une véritable avancée, qui marquerait un retour historique de la F1 en Afrique, continent absent du calendrier depuis 1993.
Cette homologation accorde au circuit un délai de trois ans pour réaliser les modifications requises, telles que l’amélioration des zones de sortie de piste, l’installation de barrières et de clôtures ainsi que la confection de nouveaux vibreurs. Notons que le tracé originel de 4,5 km restera inchangé. Certaines de ces transformations ne seront effectuées que si Kyalami accueille effectivement une course de F1.
Malgré ce coup de chapeau, l’élan sud-africain peine encore à se concrétiser rapidement. La concrétisation d’un Grand Prix semble encore lointaine, et reste sujette aux aléas d’un processus bureaucratique. Alors que les responsables politiques locaux manifestent depuis des années leur désir de voir la Formule 1 revenir sur leurs terres, les ambitions n’ont pas jusqu’ici dépassé le stade du vœu pieux. Un comité de sélection gouvernemental a été mis en place récemment, mais les choses avancent laborieusement.
La date limite pour les manifestations d’intérêt, repoussée jusqu’au 18 mars, a recueilli trois candidatures : Kyalami et deux projets à Cape Town. Une décision devait être prise fin avril pour déterminer les finalistes, mais la sélection reste encore confidentielle. Par ailleurs, le ministre des Sports, Gayton McKenzie, a salué sur les réseaux sociaux les améliorations du circuit financées par des capitaux privés, tout en se distançant du comité qui précise que ses travaux sont indépendants de cette communication.
Dans cette compétition, le projet de Cape Town Grand Prix SA, prévoyant un tracé urbain autour du stade DHL de Green Point, a récemment été éliminé, contestant notamment le montant astronomique de la caution – 10 millions de rands, soit environ 560 000 dollars – demandée pour soumettre une offre.

Igshaan Amlay, responsable du projet de Cape Town, a exprimé dans le Daily News son regret face à un « processus vicié » qui pourrait s’avérer « dommageable ». Il réaffirme son engagement à participer à des appels d’offres justes et transparents, favorisant un développement pérenne pour la région.
Du côté de la Formule 1, l’accueil réservé à ce processus sud-africain n’est pas particulièrement enthousiaste. Au-delà de la sélection, la question financière est primordiale : comment financer un Grand Prix dans un pays aux défis économiques majeurs, avec un taux de chômage officiel flirtant avec les 33% ? Un débat qui concerne aussi d’autres projets africains, à l’image de celui, embryonnaire, de Ruanda.
Bangkok, une candidature solide à l’horizon 2028
En revanche, la Thaïlande semble bien placée pour décrocher un Grand Prix à partir de 2028. Le gouvernement a validé un investissement de 1,2 milliard de dollars pour organiser une course dans Bangkok. Ce plan découle notamment des discussions au plus haut niveau entre Stefano Domenicali, patron de la F1, et la Première ministre Paetongtarn Shinawatra.
Le tracé envisagé s’étirerait sur 5,7 kilomètres autour du parc Chatuchak et de la gare attenante, un effort vers une plus grande durabilité en favorisant l’accès par les transports en commun. Le financement serait mixte, combinant capitaux privés et aides publiques, avec un objectif assumé de développer le tourisme. Red Bull Thaïlande a d’ores et déjà manifesté son soutien.

Bien que la Première ministre soit récemment entrée dans une période politique houleuse à cause d’une affaire de dispute frontalière, le projet F1 bénéficie d’un large consensus politique susceptible de le faire perdurer malgré les turbulences.
F1 : apprendre des erreurs passées
Le cas thaïlandais illustre mieux que jamais ce que la Formule 1 recherche : des projets stables et durables. Stefano Domenicali a été clair en déclarant que « la F1 ne peut pas simplement débarquer quelque part pour repartir aussitôt ». Cette stratégie de long terme justifie aujourd’hui les contrats étendus jusqu’en 2041 pour Miami et jusqu’en 2037 pour l’Australie, par exemple.
Ce positionnement vise à protéger les investissements des promoteurs, tout en garantissant une continuité indispensable à l’équilibre économique des événements. L’histoire récente regorge d’exemples où l’improvisation et la précarité ont mené à des échecs coûteux : la disparition rapide des Grand Prix d’Inde, de Corée ou plus récemment de Hanoi, où un circuit à 600 millions de dollars est désormais laissé à l’abandon, englouti par la végétation.

Ces expériences douloureuses expliquent pourquoi la FIA et la FOM ne s’aventureront pas à confier un Grand Prix à l’Afrique ou à d’autres candidats sans garanties solides en termes d’investissement, de soutien politique et d’infrastructures (hôtels, routes, aéroports).
En résumé, nous ne verrons pas d’arrivée de Grand Prix « exotic » avant 2028. En attendant, 2027 pose un casse-tête avec plusieurs fins de contrat, notamment pour Zandvoort aux Pays-Bas qui disparaîtrait du calendrier. Barcelone, Austin ou Bakou pourraient, eux, être renouvelés, sans exclure des discussions parallèles pour un retour éventuel de la F1 à Istanbul.
Points à retenir
- Kyalami obtient un feu vert FIA pour un développement progressif vers le statut de circuit de Grade 1 — mais la patience est de rigueur avant tout Grand Prix.
- Un projet à Cape Town, malgré son cadre spectaculaire, est éliminé pour des questions de procédure et de frais, montrant que la F1 veut de la clarté et des règles du jeu bien posées.
- La Thaïlande avance ses pions avec un investissement massif et un soutien gouvernemental solide, offrant une candidature crédible et concrète pour 2028.
- La Formule 1 reste prudente, ayant appris que des décisions hâtives peuvent coûter cher, comme en Inde ou au Vietnam.
- 2027 s’annonce comme une année de transition, avec des places vacantes à combler avant de pouvoir rêver aux prochaines destinations lointaines.
Au fond, on pourrait se demander si la Formule 1 ne devrait pas organiser une course sur un circuit imaginaire tant que l’Afrique ou d’autres régions n’auront pas trouvé le bon équilibre entre ambition, investissement et stabilité politique. Mais bon, qui suis-je pour critiquer ? Après tout, il faut bien que cette danse bureaucratique continue pour encore quelques années. En attendant, prêts à prendre le départ quand la voiture sera vraiment sur la grille ?