Fermín Aldeguer Mengual, 20 ans, originaire de La Ñora dans la région de Murcie, est la nouvelle promesse du motocyclisme espagnol à s’attaquer à la catégorie reine, le MotoGP. Ce week-end, lors du retour du circuit de Brno après cinq ans d’absence, il relève l’un des plus grands défis de sa saison d’entrée. Sur une piste tchèque encore inconnue, Aldeguer a connu une première journée difficile sous la pluie, se classant douzième et devant passer par la Q1 pour prétendre à une place sur la première ligne. Marc Márquez a dominé les essais avec un temps de 2 min 03,935 s, tandis que Jorge Martín, de retour en compétition, a signé une belle cinquième position à sept dixièmes du leader.
Malgré l’ampleur de la tâche face aux élites, Aldeguer a su répondre aux attentes, se hissant à la neuvième place du classement general, le meilleur débutant du plateau. « Au départ, tout paraît immense. Ici, il y a plus de monde derrière, une structure plus imposante, on peut vite s’y perdre. Heureusement, les pilotes ont une grande capacité d’adaptation, tant à la moto qu’à l’environnement. Quand la confiance vient, tout devient plus simple », confie-t-il dans une interview accordée à EL PAÍS, un média réputé dans le paysage sportif. Avec un podium déjà décroché sous la pluie au Grand Prix de France et deux cinquièmes places, dont la plus récente au GP d’Allemagne, le jeune espagnol satisfait pleinement les dirigeants de Ducati Corse, qui ont placé beaucoup d’espoirs en lui.
« Fermín est la révélation la plus surprenante, même devant Álex Márquez. Je peux affirmer que nous avons parié sur le bon pilote », explique Davide Tardozzi, manager de l’équipe officielle Ducati. « Dès le départ, il a suivi nos consignes : commencer calmement, sans précipitation, accumuler de l’expérience jusqu’à mi-saison. Sur certains circuits, sa vitesse est incroyable. Au-delà du talent, il montre une grande maturité », ajoute l’ancien pilote, membre incontournable de la maison Ducati, qui impose la cadence en MotoGP.
Gigi Dall’Igna, l’architecte technique et patron sportif de Ducati, a décidé de promouvoir le Murcien malgré une saison passée en Moto2 en demi-teinte. Troisième du classement en 2023, où il se disputait la place avec Pedro Acosta, son voisin et camarade d’école, son léger recul n’a jamais inquiété la firme italienne, attentive à certains traits qu’elle a aussi retrouvés chez Pecco Bagnaia et Jorge Martín, figures de proue des dernières années. « Même si Fermín n’a pas été au niveau escompté, car beaucoup le voyaient en lutte pour le titre, nous avons constaté qu’il avait les qualités pour passer chez nous », confient les responsables.
Unique pilote Ducati à bénéficier d’un contrat de quatre ans, une rareté dans un paddock où deux saisons est la norme, Aldeguer suit un plan fixé : progresser deux ans chez Gresini avant de prétendre à un poste dans l’équipe officielle en 2027, année du changement réglementaire. Il a même pu envisager un passage en MotoGP en 2024, qui a été retardé par son engagement en Moto2. « Mon premier rendez-vous avec Gigi à Borgo Panigale a été exceptionnel. Il m’a exposé clairement le projet, le même qu’avec Pecco et Jorge. Mon contrat est quasiment celui de Jorge Martín, seul le nom a changé », précise le pilote, représenté par l’ancien coureur valencien Héctor Faubel.
Disposer de la meilleure moto du plateau ne lui fait pas perdre les pédales. « L’avantage, c’est une machine très performante ; l’inconvénient, c’est que si tu ne vas pas vite, le problème vient de toi », plaisante le numéro 54. Autre soutien inattendu, les frères Márquez, qui l’ont intégré comme un des leurs, partageant conseils et stratégies : « Ils m’ont ouvert la porte et j’en tire beaucoup d’enseignements ». Fermín souligne aussi l’influence de son entourage proche, notamment de son père, qui lui a transmis dès le plus jeune âge sa passion pour la moto.
La pandémie a contraint ce talent précoce à emprunter une voie moins classique, après un passage remarqué en European Talent Cup mais sans accès direct à Moto3. Champion d’Europe Stock 600 en 2020 et champion national Moto2 en 2021, il a obtenu plusieurs invitations pour rejoindre le paddock mondial. Après un début en MotoE avec Aspar, la catégorie électrique, il convainc Speed Up pour confirmer son potentiel en catégorie intermédiaire. En 2022 au GP d’Argentine, il devient le plus jeune poleman de l’histoire à 16 ans, attirant l’attention des grands constructeurs.
Désormais aguerri au MotoGP, Aldeguer garde en mémoire ses premières sensations avec cette moto exceptionnelle : « Ce qui frappe, c’est le freinage, la charge aérodynamique, la vitesse en courbe, mais surtout l’accélération et la puissance en sortie de ligne droite. On se sent invincible, comme sans limite, c’est sans doute la meilleure sensation qu’un pilote puisse éprouver, cette confiance totale malgré la difficulté à cerner les limites de la machine », conclut-il.
Points à retenir
- Fermín Aldeguer, 20 ans, confirme qu’on peut commencer une saison dans la catégorie reine en connaissant à peine le circuit, même si la pluie complique l’affaire.
- La progression d’un rookie n’est pas qu’une question de talent brut, mais aussi de patience et de gestion : Ducati sait que le plus important, c’est de commencer doucement et de bâtir sur le long terme.
- Dans un paddock où la stabilité des contrats est rare, le jeune pilote espagnol a décroché un engagement de quatre ans, une sorte d’exception à l’ère où tout va vite.
- Malgré son jeune âge, Aldeguer bénéficie déjà de l’appui stratégique des frères Márquez, ce qui ne gâche rien à sa montée en puissance.
- Son parcours atypique, entre MotoE, Moto2 et divers championnats, illustre qu’il existe plusieurs façons d’arriver au sommet, l’essentiel étant de savoir saisir sa chance.
- La sensation de pilotage en MotoGP reste unique, entre la puissance extrême et cette adrénaline presque immortelle, un privilège à la portée de quelques élus.
En somme, Aldeguer incarne parfaitement ce que MotoGP cherche aujourd’hui : un jeune talent capable de conjuguer envie, stratégie et adaptabilité. Alors, pendant que la pluie complique les essais, on peut se demander si le vrai secret du succès ne serait pas finalement de rester suffisamment calme pour ne pas perdre le nord, ou le guidon, dans cette débauche de chevaux et de pression. En attendant, j’ai hâte de voir s’il saura transformer cette jeunesse en une carrière qui durera plus longtemps que le quota de pluie sur ce week-end tchèque.