Insérée au cœur de la maison lumineuse de Cherie Clonan à Melbourne, une pièce plongée dans l’obscurité est décrite par elle comme un « refuge pour notre fils ». « C’est entièrement noir là-dedans. On ne croirait pas que c’est la même maison ! » explique-t-elle.
Ce coin, tapissé de panneaux acoustiques, est un sanctuaire pour son fils autiste : il y trouve le calme nécessaire pour se décharger après l’école. « Il adore y jouer en ligne avec ses amis », précise Clonan.
Diagnostiquée autiste à 37 ans, Clonan vit dans une maison en bois avec son mari, Chris, et leurs deux adolescents neuro-divergents. Depuis l’achat de leur logement il y a cinq ans, elle l’a réaménagé selon leurs besoins. « Notre famille est divisée en deux – 50 % en quête de stimulation, et les autres en quête de calme », indique-t-elle. « Je recherche la lumière. J’adore tout ce qui est lumineux. Mais mon fils est vraiment à l’opposé. »
Alors que le nombre de diagnostics d’autisme et de TDAH augmente, Clonan fait partie d’un nombre grandissant d’Australiens qui révisent la manière dont leurs logements peuvent répondre aux besoins neuro-divergents. « Nous avons tous le droit de vivre dans un foyer conçu pour la façon dont notre cerveau fonctionne », souligne-t-elle. « Nous passons tant de temps à essayer de nous adapter à des espaces qui n’ont jamais été pensés pour nous. »
Cette idée est également soutenue par l’architecte et chercheur en psychologie du design, Dr Jan Golembiewski, qui étudie comment l’environnement construit affecte l’esprit. « Cela peut apaiser les symptômes, voire guérir », dit-il. « Pour une personne atteinte de TDAH, il s’agit de créer des éléments qui favorisent la concentration, le calme et une sensation de confort. »
Avoir un foyer en équilibre
Le réaménagement de Clonan a commencé par une discussion familiale, cartographiant le « quadrant sensoriel » de chaque membre à l’aide du Modèle de Traitement Sensoriel de Dunn, qui aide à comprendre comment chacun répond aux stimuli sensoriels. Deux d’entre eux cherchent la stimulation ; deux privilégient le calme.
Le résultat est une maison en équilibre. Leurs espaces de vie, lumineux, colorés et en open-space conviennent à sa fille et son mari, alors que le second salon offre un contrepoint apaisant, avec des murs peints en noir, des stores filtrants et des tissus doux. « Mon fils et moi sommes tous deux en quête de calme », dit Clonan. « En ce qui me concerne, je peux supporter beaucoup de lumière, tant qu’elle est naturelle. Je ne supporte pas l’éclairage fluorescent. »
Son approche reste également pratique. « C’est une maison très organisée », précise-t-elle. « Il le faut, car nous avons beaucoup d’oubliants. Si nous ne voyons pas quelque chose, nous oublions son existence. Dans notre frigo, il y a un plateau qui n’est pas transparent. Nous l’appelons le Triangle des Bermudes, car ce qui entre ne ressort jamais. »
Réduire le quotidien éprouvant
Eddie Page, architecte basé à Newcastle et co-fondateur du cabinet Maxwell & Page, a été diagnostiqué avec un TDAH à 13 ans. Il explique que cela lui offre une meilleure perception de l’impact des espaces sur les gens.
Cette philosophie a guidé la création du J-Pod, un studio compact qu’il a conçu dans le jardin d’une maison pour Josie, 22 ans, qui est atteinte de TDAH et d’autisme. Ce logement de 16 mètres carrés devait tout inclure. « Dormir, cuisiner, laver, se reposer, tout cela dans le périmètre d’une seule pièce », dit-il.
Pour éviter la surcharge sensorielle, Page a choisi des couleurs simples. « Avec le TDAH et l’autisme, le désordre peut être l’ennemi », précise-t-il. Les murs sont revêtus de contreplaqué en pin hoop, qu’il décrit comme « un agréable cocon, un câlin ». Les rangements sont astucieusement dissimulés. « La cuisine et le rangement sont planqués, donc quand on est au lit, on ne voit pas le désordre », explique-t-il.
Pour Josie, le passage à un espace conçu sur mesure a été transformateur. « Le fait d’avoir l’indépendance de vivre seule a été exceptionnel pour mon bien-être… même si c’est trop petit pour avoir de nombreuses pièces distinctes, il a tout de même des zones claires, ce qui me permet de séparer mon espace mental ». Elle décrit le studio comme ayant une « atmosphère naturelle et apaisante ».
La psychologue clinicienne Luisa Livingstone explique que beaucoup de personnes atteintes de TDAH ou d’autisme passent leurs journées à « masquer » – à lutter pour se concentrer, à filtrer le bruit et à maintenir des interactions sociales, et finissent souvent épuisées. « Les tâches quotidiennes peuvent sembler impossibles quand votre énergie motivationnelle est déjà épuisée », dit-elle. « La conception et la disposition peuvent vraiment changer la donne. Si tout ce dont vous avez besoin se trouve en un seul endroit et que vous n’avez pas à chercher ou à décider, c’est beaucoup plus réalisable. »
Clonan est convaincue que façonner un foyer selon les besoins sensoriels de sa famille les a rapprochés. « Mon fils est adolescent, et pourtant, il nous respecte tellement parce qu’il se sent en sécurité ici. Peu importe ce qui se passe à l’extérieur, il a le lieu le plus sûr où rentrer, un foyer qui connaît son cerveau. Il ne sera pas moqué pour les besoins que ce cerveau exige. »
Points à retenir
- La conception des espaces peut favoriser le bien-être des individus neuro-divergents.
- Il est essentiel de prendre en compte les préférences sensorielles de chaque membre d’une famille.
- Un environnement organisé aide à réduire la surcharge cognitive.
- La collaboration familiale dans le design favorise l’harmonie du foyer.
- Un espace bien pensé peut devenir un refuge pour ceux qui y vivent.
En tant qu’observateur engagé sur la question du bien-être à domicile, je me demande combien de foyers restent inadaptés aux besoins de leurs habitants. Il semble essentiel de promouvoir cette prise de conscience autour de la conception inclusive. Le chemin vers des logements plus sensibles aux diversités cognitives pourrait bien commencer par des discussions comme celle-ci, où les besoins de chacun sont enfin entendus.