
NEW DELHI : Le déploiement imminent des réseaux 6G semble se diriger vers un défi de multi-fournisseurs, avec des opérateurs qui vont probablement réutiliser le spectre et le matériel 5G existants. Cette démarche est motivée par la valeur limitée du spectre à haute fréquence de 6 GHz en dehors des zones urbaines, où les signaux ont du mal à pénétrer et à se propager, selon un rapport de Light Reading.
De nombreux opérateurs, dont Vodafone, souhaitent réaffecter le spectre à basse fréquence précédemment utilisé pour les générations précédentes, rendant le partage de spectre multi-RAT (MRSS) essentiel pour le déploiement de la 6G.
Luke Ibbetson, responsable de la recherche et du développement chez Vodafone, a souligné la nécessité pour le MRSS de surpasser de manière significative son prédécesseur, le partage dynamique de spectre (DSS), qui a été critiqué pour son application et ses compromis de performance, selon le rapport.
Le MRSS vise à diviser les fréquences actuellement utilisées entre les services 5G et les futurs services 6G sans affecter les utilisateurs 5G existants. Toutefois, cette stratégie pourrait involontairement lier les opérateurs à leurs fournisseurs 5G actuels, car la principale raison de réutiliser le matériel est d’éviter le remplacement de l’infrastructure radio.
Le concept de MRSS multi-fournisseurs, qui permettrait à un nouveau fournisseur 6G d’être intégré avec un D.U. (unité distribuée) 5G existant, nécessite la normalisation d’une nouvelle interface. C’est un sujet qui n’enthousiasme guère les grands fournisseurs comme Nokia et Ericsson.
Nokia a précédemment signalé que l’évitement de nouvelles interfaces est préférable en raison des coûts associés à la normalisation, à la mise en œuvre, aux tests et à l’intégration. De même, Ericsson a rejeté la nécessité d’une nouvelle interface entre les D.U., suggérant que les interfaces Open Fronthaul (O-FH) existantes, développées pour O-RAN, soutiennent déjà le déploiement multi-fournisseurs pour la 6G.
Un porte-parole d’Erickson a déclaré que séparer les systèmes 5G et 6G de différents fournisseurs partageant la même unité radio serait complexe, nécessitant une coordination étroite entre les couches radio, bande de base et logicielle, et pourrait entraîner des compromis de performance par rapport à un MRSS intégré à un seul fournisseur.
Cette position des principaux fournisseurs pourrait décevoir ceux qui militent pour une plus grande diversité des fournisseurs dans la 6G.
L’analyste indépendant Alok Tripathi a été cité dans le rapport, soulignant la réticence des fournisseurs à définir de nouvelles interfaces en temps réel entre les D.U. de différents fournisseurs, notant que NTT Docomo a exprimé le souhait que les opérateurs aient la liberté d’opter pour un “MRSS inter-fournisseurs”.
Bien qu’Erickson affirme que l’O-FH restera la principale voie pour un RAN multi-fournisseurs en 6G, des experts comme Stefan Pongratz, analyste chez le Dell’Oro Group, indiquent qu’une adoption plus large de l’Open Fronthaul ne modifiera probablement pas de manière significative la concentration des fournisseurs de RAN. La plupart des déploiements continuent de privilégier des solutions à un seul fournisseur pour les sites macro, en raison de raisons commerciales et techniques.
Cette tendance, couplée à une baisse des investissements mondiaux dans les RAN – passant de 45 milliards de dollars en 2022 à 35 milliards de dollars en 2023 – impacte la rentabilité des fournisseurs et la concentration du marché.
Ericsson et Nokia ont déjà annoncé d’importantes réductions d’effectifs, et Dell’Oro prévoit que les revenus cumulés des RAN pour la 6G seront de 10 % à 20 % inférieurs à ceux de la 5G au cours de ses six premières années.
Si le MRSS permet effectivement aux opérateurs de prolonger la durée de vie de leur matériel 5G, les fournisseurs d’équipements pourraient subir une pression financière continue.
Points à retenir
- Les opérateurs envisagent de réutiliser le matériel 5G existant pour déployer la 6G, principalement en raison des limitations du spectre à haute fréquence.
- Le partage de spectre multi-RAT (MRSS) est crucial pour minimiser les coûts liés à l’infrastructure.
- Les grands fournisseurs comme Nokia et Ericsson montrent des réticences à intégrer de nouvelles interfaces pour une collaboration multi-fournisseurs.
- Le marché des RAN subit une concentration croissante, avec une tendance vers des solutions à fournisseur unique.
- Les prévisions financières indiquent une baisse notable des revenus pour la 6G par rapport à la 5G.
Il est intéressant de réfléchir à l’avenir des réseaux 6G et aux choix stratégiques d’intégration des nouveaux fournisseurs. En tant qu’observateur du secteur, je m’interroge sur les conséquences possibles d’une plus grande standardisation et de la nécessaire flexibilité face aux innovations technologiques. La diversité des fournisseurs pourrait-elle offrir une meilleure résilience du marché face aux défis à venir ?
