En visionnant Mirai, j’ai souvent pensé à l’œuvre antérieure de l’acteur Teja Sajja, Hanu-Man. Ce film de super-héros, dirigé par Prasanth Varma et situé dans un univers fictif, s’inspire de textes dévotionnels tout en empruntant des éléments familiers au genre. Ses personnages captivants et sa profondeur émotionnelle ont su séduire le public, qui s’est attaché au héros méritant.
Cette fois, le projet dispose d’un budget plus conséquent et d’une portée élargie. Le directeur de la photographie et réalisateur Karthik Gattamneni, qui a coécrit Mirai avec Manibabu Karanam, déploie un esthétisme visuel saisissant avec l’aide du designer de production Nagender Tangala, du directeur artistique Dasireddy Srinivas, et d’une équipe d’effets visuels compétente. Pourtant, derrière ce spectacle éclatant, l’histoire trouve parfois ses repères, et c’est ce qui change la donne.
Les épopées indiennes regorgent de fantastique mêlé d’une ferveur dévotionnelle — dieux, démons, mondes menacés de ténèbres, et la victoire du bien sur le mal. Ce qui importe, c’est la capacité à retranscrire ces récits en une narration émotionnellement résonante pour le cinéma.
Mirai (Telugu)
Réalisateur : Karthik Gattamneni
Distribution : Teja Sajja, Manchu Manoj, Ritika Nayak
Durée : 168 minutes
Synopsis : Un super-héros doit se lever pour protéger le neuvième granth et le monde d’une force obscure.
Mirai commence avec une promesse, utilisant l’animation pour établir son univers. L’histoire remonte à l’empereur Ashoka, abattu après la guerre de Kalinga. La légende parle d’une société secrète protégeant neuf granths — des livres d’une puissance immense — qui pourraient détruire le monde s’ils tombaient entre de mauvaises mains. Ces gardiens réussissent jusqu’à l’émergence d’un pouvoir obscur menaçant l’équilibre du monde.
Sur le papier, l’intrigue est captivante : le sage Agasthya, un cercle de sadhus détient la vérité, une mère avec des visions de destruction, et son fils, destiné à être l’élu. Cependant, alors que plusieurs personnages apparaissent dans des décors disparates, Mirai montre ses faiblesses pendant plus d’une heure. Bien que la menace sur les granths soit sur le point d’être révélée, l’urgence ne semble jamais convaincante. L’élu doit être trouvé, informé de son destin, et envoyé en quête épique, mais le récit reste en surface.
Lorsque plusieurs gardiens tombent rapidement sous le joug de la force maléfique (Manchu Manoj, maniant une épée noire maudite), l’impact s’avère étrangement déconnecté. Hormis la gravité de Jagapathi Babu en tant qu’aîné, les autres n’apparaissent guère comme de valeureux protecteurs. Vibha (Ritika Nayak), jeune sadhvi, retrouve Veda (Teja Sajja) avec une facilité improbable, passant de Varanasi à Kolkata puis à Hyderabad, comme si le film devait s’empresser d’atteindre son affrontement final.
Veda réside dans une casse inspirée de la dystopique Kashi de Kalki 2898 AD. L’excitation des films de super-héros réside dans la création d’un monde imaginaire — Gotham de Batman, Anjanadri de Hanu-Man, Lokah‘s alternative Bengaluru, et Kashi-Shambala de Kalki. Mais ici, la “casse-paradis” semble davantage un décor qu’un univers vivant. Les interactions entre Vibha et Veda restent superficielles : sa capacité de lire dans les pensées, son esprit facétieux avec ses amis, et les policiers maladroits étant témoins du surnaturel n’ancrent jamais vraiment l’histoire.
La quête himalayenne de Veda pour le bâton mystique, le mirai, se déroule trop facilement. Sa rencontre avec le sage Agasthya (Jayaram) et son initiation aux pouvoirs du bâton sont précipitées, ne s’ancrant pas dans une réelle profondeur. Ce n’est que plus tard, lorsque l’arrière-plan de la force obscure et l’arc mère-fils émergent complètement, que le film trouve son rythme. Teja Sajja, avec son charisme populaire, équilibre force et vulnérabilité, excellant dans les scènes d’action. Manoj incarne la menace physique de l’antagoniste. Shriya Saran se révèle être une belle surprise, incarnant la mère conflictuelle avec un poids émotionnel, notamment dans les dernières parties.
Parsemé dans Mirai, des éclairs d’inventivité apparaissent — l’oiseau animatronique Sampati du Ramayana et la notion de “physique spirituelle” du sage Agasthya ajoutent émerveillement et spectacle, complétés par la musique de Gowra Hari. La confrontation finale offre une grandeur visuelle, bien que le chemin pour y parvenir paraisse maigre.
Le cinéma télougou exploite depuis longtemps la mythologie avec sincérité, créant des personnages complexes et des arcs narratifs solides. Même le récent Kalki 2898 AD avait su mêler Mahabharata et science-fiction de manière inventive. Mirai, bien qu’ambitieux dans sa tentative de réinventer un récit de super-héros indien, peine à ancrer son spectacle dans une narration convaincante. Le terrain est préparé pour une suite, mais elle devra proposer une trame plus entraînante.
Publié le – 12 septembre 2025 à 15h25 IST
Bon à savoir
- Inspirations culturelles : Les récits de super-héros indiens puisent souvent dans la mythologie et les épopées anciennes.
- Les techniques de production : La collaboration entre designers de production et une équipe d’effets spéciaux peut transformer un film d’action en une œuvre visuellement éblouissante.
- Le personnage de l’élu : Ce archétype repousse souvent les limites de la caractérisation, en explorant mêlant forces et vulnérabilités.
En somme, Mirai propose un mélange intéressant d’éléments narratifs et visuels. Malgré certains manques, il soulève des questions sur la manière dont les histoires anciennes peuvent être réimaginées pour toucher un nouveau public. Peut-être est-il temps d’explorer comment ces récits peuvent encore nous parler aujourd’hui ?
