Dimanche soir, en rangeant mes vêtements, j’ai réalisé que mon album *Virgin* était sorti depuis presque un an. Il était temps d’en parler. Pour être honnête, j’ai toujours eu du mal à évoquer *Virgin*. J’avais pensé que j’étais désensibilisée face au marketing et à la commercialisation de mes émotions, mais partager cet album était une expérience à la fois brute et vulnérante. J’ai eu du mal à donner des interviews, à écrire ici, et mes publications ont été rares. Il me semblait nécessaire de me taire un moment. Cela dit, le temps a passé, et je souhaite maintenant trouver les mots justes.
Créer un album est un acte absurde, nécessitant une intense auto-absorption qui peut rendre difficile la cohabitation. On s’enferme dans son propre monde, murmure des pensées et navigue entre des moments de quasi-éveil créatif. Le travail est souvent mauvais pendant longtemps, il faut vivre avec cette imperfection et en sortir progressivement. Parfois, la sensation d’inconfort et de banalité est difficile à dépasser, mais chaque jour consacré à *Virgin* était un vrai cadeau. J’avais l’impression de me libérer, de construire un espace sacré. Chaque couche a été posée avec le plus grand soin.
À ce moment-là, je tentais de guérir d’un trouble alimentaire survenu il y a longtemps. J’avais récemment supprimé mon application de comptage de calories. La semaine où nous avons commencé à créer *Shapeshifter* et *What Was That*, j’apprenais à considérer le petit-déjeuner comme un non-négociable. Je me suis imposé de boire un smoothie chaque matin, allant travailler alors que j’aurais voulu fuir, persévérant, un pas devant l’autre.
Je traversais également une rupture. Plutôt que de séjourner dans des hôtels, je dormais chez des amis. La bienveillance de ces femmes durant cette période est l’une des raisons principales d’existence de *Virgin*. En 2024, l’une d’elles m’a regardée avec sérieux et a dit : « Tu sembles tomber dans une profonde dépression concernant l’album à chaque fois que tu as tes règles. » Quelques mois plus tard, on m’a diagnostiqué un PMDD.
J’ai porté des jeans pour hommes et un sweat à capuche noir tous les jours, peu importait la météo. Mon acné était comme une barbe épaisse. Je me sentais à la fois monstrueuse et sacrée. J’ai emprunté un vélo et j’ai ressenti une connexion avec l’énergie vibrante de la ville, captant les millions de codes subtils échangés autour de nous.
Je m’attachais à chanter pour moi-même de la manière dont j’avais besoin d’être entendue. Graduellement, je donnai vie à des récits anciens que j’avais longtemps redoutés. Je les exprimais et ressentais un allégement. Vivre à travers ces chansons avait un effet presque incantatoire. Je me sentais changer.
*Brat* est sorti, révélant à la fois audace et fragilité. Ma présence sur scène, autrefois timide, devenait soudainement extérieure. J’ai dû faire face à mes propres démons tout en demeurant ouverte à la vulnérabilité. Charli m’a soutenue, apportant juste l’espace nécessaire, ce qui demande une réelle attention. Ma foi en la musique comme technologie sociale a été restaurée. Lors des fêtes et festivals, j’ai chanté, fumé et ressenti cette appartenance à l’humanité.
Nous avons pris les clichés qui deviendraient la couverture de l’album le 2 mars 2025. Alors que je me préparais à être scannée, je me sentais hors de moi, habillée des bijoux de mes grands-mères, réalisant une sorte de séance spirituelle. Mes anciennes peurs resurgissaient. J’étais convaincue que la machine allait révéler une laideur profonde. Eric a percepté mon état, a touché ma main et a murmuré : « Ce sera parfait, c’est une image de toi, peu importe comment tu es aujourd’hui, c’est parfait et juste. »
J’ai souvent évoqué mon désir d’aimer *Virgin* tout au long du processus, même lorsqu’il ne s’agissait pas d’un produit à vendre. J’ai été frappée par des moments de profonde beauté, des instants où nous découvrions quelque chose ou allions dans une direction inattendue. L’année dernière, nous avons expérimenté des versions de l’album composées de maquettes, mais dimanche soir, j’ai réalisé que de véritables clichés de *Virgin* seraient plus authentiques, plus révélateurs, célébrant le voyage plutôt que le résultat final. Comme l’a dit Eric, ce qui est véritable est beau. C’est ainsi que je veux vivre.
Merci, comme toujours, de faire de la place dans vos vies pour les différentes facettes de mon projet artistique. C’est un véritable honneur d’être accueillie par vous. Amusez-vous bien et j’ai hâte de vous retrouver cet été.
Avec toute ma gratitude,
Exxxxxxxxx
Points à retenir
- *Virgin* a été un projet révélateur sur le parcours personnel de l’artiste.
- Le processus de création a impliqué une lutte intérieure et un axe de guérison.
- Un fidèle réseau d’amis a soutenu l’artiste durant ses moments difficiles.
- Des réflexions sur la santé mentale, comme le PMDD, émergent dans le récit.
- La musique est perçue comme un moyen de connexion sociale et d’affirmation de soi.
En tant qu’artiste, ce parcours m’a ouvert les yeux sur l’importance de se dévoiler et de partager ses luttes. Chaque projet est une invitation à réfléchir sur soi et sur les autres. Je suis convaincue que nous avons tous des histoires à raconter, et c’est l’authenticité qui crée des liens. Ce voyage m’a appris à embrasser mes imperfections et à célébrer le chemin parcouru, et je crois que chacun d’entre nous a le pouvoir de se libérer et d’inspirer les autres à faire de même.
