mar. Juin 23rd, 2026

Là où il y avait des rangées d’arbres et des prairies, apparaissent maintenant des hangars et des centrales.

Cher Père Noël, je dois te confesser que je ne t’ai jamais écrit de lettre, même lorsque j’étais enfant. Ma préférée a toujours été Sainte Lucie à qui j’envoyais mes souhaits qui étaient généralement exaucés. Maintenant que j’ai atteint un certain âge, je m’adresse à toi comme entre pairs (sans exagérer, bien sûr), convaincu que nous, les plus âgés, pouvons mieux nous comprendre. Mais clarifions une chose. Je n’ai pas de demandes personnelles à te faire, je souhaite seulement te décrire brièvement ce qui se passe dans notre monde (sur la planète Terre, je veux dire) et plus particulièrement dans notre petite province de Lodi. Je sais que tu es habitué à écouter et à exaucer les désirs des enfants, mais peut-être qu’avec ta grande bonté, tu pourrais aussi prendre le temps de m’écouter et, pourquoi pas, intervenir auprès de ton Supérieur pour qu’il nous vienne en aide. Tu es certainement au courant des nombreuses guerres qui ravagent de nombreuses régions de la Terre. Des conflits en Ukraine aux divers lieux du Moyen-Orient (Palestine, Israël, Liban, Syrie), sans oublier les nombreux et atroces conflits en cours depuis de nombreuses années en Asie et en Afrique, comme nous le rappelle chaque dimanche le Pape François depuis la fenêtre de son bureau. À lire les journaux de ces derniers mois, il n’est pas évident que le monde actuel soit en bonne santé. Néanmoins, comme nous l’a rappelé l’Évangile lors de la troisième dimanche de l’Avent, en tant que chrétiens, c’est avec la joie comme style de vie que nous devons affronter le quotidien, même dans les moments particulièrement difficiles.

Malheureusement, je m’apprête à aborder le problème central de cette lettre, car notre région et notre petite province de Lodi affichent des symptômes préoccupants à bien des égards. Chez nous, la guerre est quelque chose de lointain, mais la télévision nous en rappelle quotidiennement des images cruelles et terrifiantes qui, sans que nous le remarquions, numérisons notre sensibilité. Cependant, de nombreuses autres situations, certes moins cruelles, nous préoccupent également sous divers aspects. Par exemple, nous ne savons pas quels “toxiques” nous respirons, mais cela ne semble pas vraiment intéresser nos décideurs régionaux et locaux. La conséquence est qu’au cours des nombreuses années (au moins depuis les années 1980), lorsque nous marchons dans la rue, nous respirons en réalité un cocktail mortel de substances susceptibles d’endommager les appareils respiratoires, surtout chez les enfants qui, sans surprise, remplissent les services pédiatriques des hôpitaux. Tout cela, nous le comprenons, découle du développement qui a transformé de nombreux aspects de notre mode de vie quotidien. Cela remonte loin, jusqu’à l’après-guerre, lorsque nous avons réussi à créer le soi-disant “miracle économique” qui a littéralement modifié la vie d’une nation entière, la transformant en quelques années d’un pays essentiellement agricole à une nouvelle réalité capable de rivaliser avec des nations bien plus avancées que la nôtre.

En quelques décennies, notre région, le Lodigiano, a aussi changé son paysage, et pas en mieux. Là où couraient d’innombrables rangées d’arbres, sont d’abord apparus des centrales à huile et à gaz, puis des installations de régénération d’hydrocarbures. À tout cela s’ajoute maintenant un véritable risque d’adjonction d’un grand incinérateur pour éliminer d’énormes quantités de déchets, y compris dangereux, et la tendance actuelle vers de vastes extensions de panneaux photovoltaïques qui couvrent de larges portions de terres agricoles fertiles, « apportant un changement significatif au paysage », comme l’a déclaré le président de la Province dans une récente interview.

Mais cela ne s’arrête pas là. Depuis de nombreuses années, le Lodigiano est sous l’assaut de la logistique, avec des centaines de hangars qui ont déjà contribué à modifier (pas en mieux) l’environnement qui nous entoure. À cet égard, les dernières données de l’enquête Ispra indiquent qu’au cours des 17 dernières années, plus de 600 hectares ont été imperméabilisés dans le Lodigiano, ce qui équivaut à 900 terrains de football. Et la situation ne s’arrête pas là, comme l’illustre le cas de Borgo San Giovanni et de nombreuses demandes d’extensions et de nouvelles installations en cours dans la province. Il faut reconnaître à cet organisme qu’il a su élaborer, après un long processus laborieux, un nouveau plan territorial provincial (vingt ans après le précédent) qui tente au moins de limiter la consommation de sol et de protéger le paysage, en obligeant les prochaines installations logistiques à se trouver à proximité des sorties d’autoroute. Nous sommes également convaincus que tout cela n’est guère plus qu’un palliatif face à la bataille pour préserver une qualité de vie qui concerne principalement nos enfants et petits-enfants. Tout ce gâchis, cher Père Noël, nous, pauvres mortels, ne sommes pas capables de le gérer, même avec toute la bonne volonté de nombreux citoyens engagés, comme l’héroïque Pierluigi Cappelletti. C’est pour cette raison que j’ai décidé de t’envoyer cette lettre, te détournant un moment de ton engagement envers les plus jeunes, dans l’espoir que tu puisses faire quelque chose pour aider aussi les adultes, en éclairant les esprits et les cœurs de nos gouvernants.

© REPRODUCTION RÉSERVÉE

Bon à savoir

  • Le phénomène de l’urbanisation et de l’industrialisation accélérée transforme de nombreux paysages ruraux.
  • Les dangers liés à la pollution de l’air et leurs impacts sur la santé, notamment celle des enfants, sont de plus en plus préoccupants.
  • Des initiatives locales tentent de mettre en place des stratégies pour protéger l’environnement et réguler le développement urbain.


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