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Un adolescent tenant un téléphone avec un message de la plateforme de médias sociaux Instagram

Publié le : 10.12.2025 05:57

Depuis minuit, un nouveau décret en Australie interdit l’utilisation des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Les plateformes sont chargées de veiller à son application. Comment vont-elles s’y prendre ?

Zoey Bender, une Australienne de 14 ans, était une utilisatrice assidue de TikTok, où elle partageait des conseils de maquillage et stylisme avec plus de 40 000 abonnés. Aujourd’hui, cette pratique lui est interdite.

Avec cette législation, il est désormais interdit aux moins de 16 ans en Australie de posséder un compte sur les plateformes sociales, qui incluent TikTok, Snapchat, Instagram, Facebook, Threads, X, YouTube, Twitch, Reddit et Kick.

Zoey se sent frustrée par cette restriction. Pour elle, les réseaux sociaux sont essentiels pour la communication entre jeunes. « J’ai rencontré des amis grâce à ces plateformes, ce qui a amélioré nos relations à l’école, » affirme-t-elle.

Les fournisseurs ont eu le temps de se préparer

Selon l’eSafety Commissioner, plus de 440 000 jeunes de moins de 16 ans utilisaient Snapchat, 350 000 Instagram et 200 000 TikTok avant la mise en œuvre de cette loi.

Ce décret a été voté il y a un an par le Parlement australien, laissant aux réseaux sociaux le temps d’implémenter des technologies de vérification d’âge. Les lois n’ont cependant pas défini de directives techniques précises.

La restriction d’âge la plus stricte au monde

Avec cette législation, la responsabilité incombe aux opérateurs de plateformes, et non aux parents, pour garantir que leurs utilisateurs sont en âge d’accéder à ces services.

Meta, la société mère d’Instagram et Facebook, a déjà commencé à prévenir les utilisateurs dont les comptes seront gelés. Ces comptes pourront être réactivés lorsque leurs propriétaires atteindront l’âge requis.

Snapchat, de son côté, demande aussi à ses utilisateurs de prouver leur âge.

Un message sur Snapchat informant les utilisateurs de la nécessité de prouver leur âge.

Vérification d’âge en cours d’apprentissage

Les entreprises utilisent une combinaison de documents d’identité, de reconnaissance faciale et d’analyses comportementales pour vérifier l’âge. Elles comparent les dates de naissance fournies avec les interactions sur leurs plateformes.

Daswin da Silva, expert informatique à l’Université La Trobe, souligne les défis technologiques, notamment pour différencier les jeunes de 15 et 16 ans. Il prévoit une marge d’erreur à court terme :

« De nombreuses méthodes technologiques de vérification d’âge vont échouer pour cette tranche d’âge. Je pense que les fournisseurs et les réseaux sociaux nécessiteront environ six mois pour identifier les techniques les plus efficaces. Il pourrait également y avoir un échange de connaissances sur les technologies entre ces plateformes. »

La commission vérifie mensuellement

La commission australienne de la sécurité en ligne va interroger chaque mois les plateformes sur le nombre de comptes vérifiés. Cela permettra de contrôler l’application de la loi. Les entreprises qui ne respectent pas strictement les vérifications d’âge risquent des amendes pouvant atteindre 30 millions d’euros.

La commission s’attend également à ce que des jeunes tentent de contourner ces règles, par exemple à l’aide de faux documents ou de photos manipulées. La responsabilité de ces fraudes revient néanmoins aux plateformes.

Aaron Chipper, spécialiste en sécurité ayant développé des méthodes d’identification pour les banques en ligne, souligne que les plateformes doivent régulièrement mettre à jour leurs technologies : « Les enfants trouveront toujours un moyen de contourner les règles. Comme dans toute école, les adolescents sont incroyablement créatifs et rusés. Je ne doute pas qu’ils trouveront des moyens, créant ainsi un jeu du chat et de la souris permanent. »

Un large soutien pour l’interdiction

L’Australie lance une vaste expérimentation. Les experts débattent de l’efficacité de cette mesure pour protéger les enfants et les adolescents.

Mark Williams, neuroscientifique, a étudié les conséquences du consumérisme sur les réseaux sociaux. Il explique que le cerveau, comme un muscle, s’atrophie sans stimulation. Pour lui, une restriction d’âge semble être une approche raisonnable pour re-concentrer les jeunes sur le développement de compétences essentielles.

Près de 70 % des Australiens soutiennent cette mesure selon un récent sondage, mais seulement 35 % pensent que les plateformes seront en mesure de bloquer efficacement les utilisateurs de moins de 16 ans.

L’efficacité de l’interdiction suscite des doutes

Alors que cette décision est applaudie par de nombreux parents, elle suscite des critiques. Les jeunes et certains psychologues considèrent que l’interdiction pourrait entraîner un isolement social et plaident pour l’apprentissage d’une utilisation saine des réseaux sociaux.

Un ensemble de 140 scientifiques a signé une lettre ouverte critiquant cette interdiction comme un « outil trop simpliste ».

Le Premier ministre australien, Anthony Albanese, a exprimé une attitude sereine face à cette législation, soulignant qu’elle vise à protéger les enfants des conséquences négatives d’internet et à promouvoir leur santé mentale. Cela sert l’intérêt de la société.

L’objectif est d’offrir aux enfants la possibilité de vivre leur enfance, tout en permettant aux parents d’engager des discussions éclairées autour de l’utilisation des réseaux sociaux.

Le rôle des parents est crucial

D’après une enquête, 29 % des parents ont l’intention de faire respecter strictement cette interdiction en supprimant les applications de téléphone de leurs enfants. 53 % comptent agir de manière sélective, en décidant des plateformes accessibles, tandis que 13 % prévoient de ne rien faire.

L’intérêt international pour cette expérience australienne est marqué, et plusieurs pays ont déjà annoncé leur volonté d’établir des lois similaires.

Points à retenir

  • Interdiction d’accéder aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans en Australie.
  • Les plateformes sociales doivent veiller à appliquer cette restriction.
  • La législation a été mise en place après une année de préparation pour les opérateurs.
  • Des méthodes variées de vérification d’âge sont mises en œuvre par les entreprises.
  • Un large soutien de la population, malgré des doutes sur l’efficacité réelle des plateformes.
  • Des discussions sont en cours sur l’impact de cette mesure sur les jeunes.

En tant qu’observateur passionné de l’évolution des technologies numériques, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur les implications de ce décret en Australie. Bien qu’il vise à protéger nos jeunes, il soulève des questions sur la liberté d’expression et sur la manière dont les adolescents apprendront à naviguer dans le monde numérique. Est-il vraiment possible de trouver le juste équilibre entre protection et autonomie ? Ce débat est loin d’être clos et mérite toute notre attention.


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