Des dizaines de milliers de jeunes Allemands ont manifesté ce vendredi dans les capitales des Länder contre le nouveau service militaire, affichant davantage de perplexité qu de colère. « Pense-t-on vraiment qu’avec des soldats comme nous, nous pourrions arrêter les Russes ? », s’interrogeait Gustav, un élève de 16 ans, avec un mégaphone en mains, vêtu d’un t-shirt des Avengers.
La loi visant à établir un service militaire volontaire, tout en ouvrant la voie à une obligation, a été adoptée quelques heures plus tôt au Bundestag, presque comme une formalité. La coalition des conservateurs et des sociaux-démocrates avait en effet déjà scellé un accord. Au cours des six mois de négociations entre les partenaires gouvernementaux, les voix d’opposition se sont faites rares en Allemagne.
Le nombre de recrues volontaires a augmenté de 16 % grâce aux projets pilotes de recrutement. Une culture de service civil commence à se développer parmi les jeunes, qui, dans l’ensemble, favorisent un engagement d’un an de service civil. Cependant, la question de porter des armes reste délicate. « Si je n’étais né qu’un mois plus tard, cela m’aurait aussi concerné », soupirait Laurent, présent à la manifestation « en solidarité avec mes camarades de classe, la plupart touchés par cette loi ».
La nouvelle loi stipule que les garçons nés à partir de janvier 2008 seront appelés obligatoirement. Ils devront remplir un questionnaire de motivation et de compétence, suivis d’un examen médical. Les volontaires seront ensuite soumis à une formation d’une durée minimale de six mois.
Si le nombre de volontaires est insuffisant pour répondre aux besoins de défense de l’Allemagne, un recrutement obligatoire sera mis en place par voie parlementaire et par tirage au sort.
Le Bundesrat doit encore approuver le projet, mais la loi devrait entrer en vigueur en janvier 2026. Son objectif est d’augmenter le nombre de soldats actifs de 183 000 à 255 000, puis à 270 000 d’ici 2035, avec la création de 200 000 postes de réservistes supplémentaires.
Les six mois de service comprendront une formation, des tâches de sécurité nationale et des gardes, avant de passer à un renfort des réserves. Les recrues les plus aptes pourront intégrer les troupes actives, qui nécessitent un entraînement plus long.
À partir de 2027, le ministère de la Défense présentera au Parlement le nombre de volontaires tous les six mois afin d’évaluer la nécessité de passer à la phase obligatoire.
Les femmes exclues
Les femmes ne sont pas concernées car, au moment de la rédaction de la Loi Fondamentale allemande en 1949, le devoir de défense avait été énoncé au masculin. Une réforme constitutionnelle serait nécessaire pour inclure le service militaire féminin.
Elles peuvent, cependant, répondre volontairement au questionnaire et se soumettre à des examens médicaux et militaires. Pour attirer le plus de personnes possible vers le service volontaire, des incitations telles qu’un salaire mensuel d’environ 2 600 euros bruts seront mises en place, ainsi qu’une aide pour l’obtention de permis de conduire, dont le coût moyen est de 3 000 euros en Allemagne.
Des services sociaux volontaires seront également proposés pour les jeunes qui ne souhaitent pas porter d’armes, en guise d’objection de conscience.
L’armée allemande se prépare ainsi à accompagner son intense processus de rearmement en personnel nécessaire pour l’opération des équipements militaires. Cette semaine, le système antimissile Arrow 3 est devenu opérationnel, faisant de l’Allemagne le premier pays en dehors d’Israël à déployer cette technologie.
Il s’agit d’un tournant stratégique dans le réarmement allemand, modifiant le paysage européen de la défense, où désormais un armée nationale se chargera de l’interception des missiles balistiques, une tâche précédemment assurée par les troupes américaines basées en Allemagne.
Chaque batterie du système Arrow 3 nécessite environ 200 personnels de la Bundeswehr pour son fonctionnement optimal, et les forces armées allemandes peinent à pourvoir les postes d’ingénieurs et d’analystes de risque.
« La liberté d’expression, la liberté de manifestation, la liberté de religion et l’État ne se protègent pas tout seuls. C’est une tâche qui doit être accomplie par des gens prêts à les défendre, et non par ceux qui restent derrière la clôture du jardin en attendant que d’autres le fassent », a défendu le projet au Bundestag le ministre de la défense, Boris Pistorius, qui a ainsi anticipé les principales critiques des manifestants.
Parmi les jeunes manifestants sur la place de la République, face au parlement de Berlín, beaucoup invoquaient leur foi musulmane pour refuser de porter les armes.
« En tant que citoyen, tu devrais au moins y réfléchir », corrige dans des déclarations à la presse Ali Mete, porte-parole du Conseil de coordination musulman, ajoutant que « la décision finale dépend de la conscience de chacun ».
« D’un point de vue théologique islamique, l’engagement envers l’État où l’on vit est un impératif religieux », a souligné Mete, insistant sur le fait que « les musulmans sont obligés de prendre leurs responsabilités au sein de la société, ce qui inclut servir avec des armes pour protéger et maintenir la paix ».
« Ce pays, cette démocratie, le mérite… Rappelons que notre Bundeswehr protège également ceux qui ne veulent pas la défendre », a ajouté Pistorius.
Le président de la Commission de défense, le chrétien-démocrate Thomas Röwekamp, a affirmé que la décision concernant la réactivation du service militaire obligatoire sera prise à l’été 2027, si le nombre de volontaires n’est pas suffisant à ce moment-là.
Röwekamp a décrit la loi sur le nouveau service militaire comme un « compromis politique entre deux perspectives très différentes » et que « la majorité des Allemands l’acceptent ». Toutefois, cette initiative semble ouvrir une fracture générationnelle, les sondages montrant que plus de 60 % des moins de 25 ans s’y opposent, tandis que les plus de 50 ans soutiennent majoritairement cette loi en tant que mesure de sécurité nationale.
Points à retenir
- Des manifestations ont réuni des milliers de jeunes en Allemagne en raison de l’adoption d’une loi sur le service militaire.
- Le service militaire obligatoire ne concernera que les garçons nés après 2008.
- Un recrutement obligatoire pourrait être envisagé si le nombre de volontaires est jugé insuffisant.
- Les femmes ne sont pas visées par ce service militaire, nécessitant une réforme pour les inclure.
- Des rémunérations incitatives sont prévues pour attirer les jeunes vers le service militaire volontaire.
- Le paysage de la défense européenne est en pleine mutation avec le réarmement allemand.
J’observe avec inquiétude comment ces débats peuvent façonner une nouvelle génération. Loin de me positionner pour ou contre, je crois qu’il est essentiel d’ouvrir un dialogue sur les responsabilités des citoyens envers leur pays. Quelle place accordons-nous à notre devoir collectif tout en préservant les valeurs fondamentales de paix et de liberté ? C’est une réflexion qui devrait tous nous interroger.
